déconfinement

Journal du déconfinement

Journal, toujours depuis ma grotte parisienne

Pendant quelques temps,  je vais continuer à tenir à jour ce journal. Pour faire pendant au journal précédent, tenu pendant le confinement ; pour faire une transition ; parce que j'ai pris goût à vous parler ; pour tenir le registre du déploiement de ce qui a été mis en place pendant le confinement 

Lundi 11 mai

   C'est parti pour ce qui est entendu d'appeler, peu joliment, un déconfinement. En route pour la liberté, les cornichons ! Pour moi, ce lundi ne va pas être très différent de dimanche. Je vais continuer mes cours de yoga en ligne. Je reprendrai un premier cours particulier en présence samedi prochain, pour un cours qui est tout près de chez moi. Pour les autres cours particuliers, ce ne sera pas cette semaine, en tout cas : je ne me sens pas encore d'aller me jeter dans la gueule du métro, et j'attends d'être peut-être un peu plus à l'aise en vélo à Paris.

   Je suis sortie ce matin à 5 h30, comme les matins précédents depuis quelque temps, pour aller écouter le choeur matinal des oiseaux. Il a été un peu plus tardif et moins fort, car il faisait 10° de moins que la veille, il pleuvait un peu, et il y avait un vent très fort : les oiseaux sont comme nous, ils n'aiment pas cela. Néanmoins, le courageux petit merle a fini par commencer, puis les autres après lui. J'ai admiré leur courage. Avec le vent très fort, il y avait beaucoup de très grosses branches au sol , et j'étais inquiète pour Mme Cygne qui couve au bassin de La Villette ; malgré le vent, le froid et la pluie, je suis donc allée la voir. Elle était toujours là, si vulnérable au bord du bassin, sans abri sur son radeau végétalisé. Elle que je retrouvais toujours endormie au matin, était très agitée à se nettoyer et à maintenir sa stabilité. A chaque rafale, elle était presque soulevée. Quel courage et quelle robustesse ! Les canards étaient les seuls contents, à patauger et boire dans les mares.

   Une perspective très stressante pour moi pour ce 1er jour de déconfinement : ma voisine, qui fait des travaux très bruyants chez elle depuis la mi-janvier (partiellement interrompus pendant le confinement, mais pas complètement), a annoncé, qu'à partir d'aujourd'hui et jusqu'à jeudi, ils allaient abattre un mur porteur ! Gasp ! A 10h30, ils ne sont pas encore arrivés. Assez symbolique de l'humanité : la reprise = faire beaucoup de bruit en abattant un mur porteur, pour faire des travaux qui ne servent à peu près à rien.

   Projet du jour : aller faire une maxi-balade jusqu'aux quais de la Seine.

   Bon courage à tous ceux qui reprennent le travail et doivent reprendre les transports. Bon courage à tous les autres.

Samedi 16 mai.

Deux épreuves se sont présentées pour cette première semaine de déconfinement. Deux épreuves,  et donc deux opportunités pour progresser spirituellement.

La première concernait donc les travaux de ma voisine et l'abattage de son mur porteur. Cela s'est très bien passé.  J'ai supporté sans problème, j'ai organisé mes sorties en fonction de leur travail. De ce fait, ils m'ont offert l'une de mes  plus belles promenades depuis le 16 mars. Un itinéraire fait bien des fois pendant le confinement, mais perçu et reçu bien différemment. Autour des Buttes-Chaumont (toujours fermées ). Cela a été un vrai enchantement. Je me suis dit : "tu n'avais encore rien vu, pendant le confinement". Le bruit des voitures avaient repris autour du parc. J'ai été progressivement complètement happée par l'intérieur du parc. Jeux de lumière du soleil à travers les branchages, feuilles et fleurs qui tombent très doucement bercées par le vent, mélodies d'oiseaux dans les espaces les plus touffus et sauvages, composition de couleurs, de formes, d'odeurs et de sons. Digne d'un Blanche-Neige remasterise par un auteur sage et génial. Cela avait finalement un sens d'abattre un mur porteur : être dérangée par le bruit, voilà un mur porteur en moi qui porte bien des choses et vient de loin. Il s'est abattu sans douleur, pour cette fois-ci. Comme quoi, finalement, je ne suis pas une personne que le bruit dérange. Je ne suis pas cela. Merci les travailleurs.

Je resterai un peu discrète sur les circonstances de la deuxième épreuve qui a pesé beaucoup plus lourdement sur toute la semaine (et qui continue à le faire). Elle s'est manifestée en fanfare, dès le lundi, à 17h. Il s'agit de fortes  pressions faites pour me faire reprendre les cours de yoga collectifs en présence,  alors que ceux-ci sont actuellement encore interdits par décret gouvernemental. Cela m'a bien chamboulée.

Après cela, le mardi matin, je suis sortie, comme d'habitude, à 5h30 pour écouter le choeur matinal des oiseaux autour des Buttes-Chaumont.  Mais ce choeur était parasité par le piaillement d'une voix disharmonieuse, celle qui faisait les pressions hors sujet, en disharmonie du choeur général,  humains comme nature, qui se coulent dans le chemin qui a été proposé, ordonné ( "ordre", quel beau mot, finalement, pas seulement une obligation, mais respecter un ordre pour que chacun puisse prendre sa place d'une façon harmonieuse dans le choeur ). Dans une sanisette, au bord du bassin de la Villette ( ça rime, on reste encore dans le chant et la musique), il était écrit sur un mur : "l'art de la patience est de contenir ses émotions afin de faire face aux epreuves". Dans ma sanisette, c'était ce que, assise, j'avais besoin de lire pour retrouver mon assiette ( = être  assis, et "assiette" ça rime toujours). De retour chez moi, j'ai écrit la phrase sur un papier et commenté.  Une épreuve = une opportunité. Une opportunité pour pratiquer. Une opportunité pour pratiquer = une opportunité pour être plus libre, pour être plus heureux. Dans une sanisette,  la voix du maître peut se faire entendre, comme un nénuphar qui naît d'un étang bourbeux. Une voix piaillante et disharmonieuse, peut être la voix du maître,  déguisée,  venue pour nous éprouver dans notre confort, nos marques trop bien établies,  afin de s'asseoir plus profondément dans la paix. Rien ne doit troubler la paix. Rien ne peut me voler le choeur matinal et parfait des oiseaux. L'ensemble suit son cours, à l'extérieur comme en moi. Il y a beaucoup de chemin à faire encore, autour de cette épreuve. 

J'ajouterai. La sanisette sage au bord du bassin de la Villette, je la rencontre quand je vais prendre, chaque jour, le darshan de Mme Cygne qui couve ses sept oeufs sur le radeau végétal du bassin de la Villette, depuis début mai. 34 jours de couvée, sans pratiquement bouger, sauf pour ramener des brindilles plus près de soi. Ça,  c'est de l'art de la patience. Si elle se lève avant, ses sept merveilleux cygnes en train de se former ne pourront jamais voir le jour. Le temps n'est pas venu. Voilà pour la voix piaillante du dehors, et j'ai raison d'attendre et de continuer à attendre en respectant les délais ordonnés  (dans l'ordre). Mais, pour moi, il est où l'art de la patience ? - Contenir ses émotions,  donc. Même si je n'aime pas trop le terme ( cela reste une sanisette, elle peut faire quelques erreurs dans les mots) : laisser se déployer le jeu des émotions et observer ce qu'elles drainent avec elles dans leur sillage. Et patienter : prochainement, je pourrai observer ce qui va éclore de cet oeuf, quoi que ce soit, être prête à tout. Le vilain petit canard peut se révéler être un cygne très  gracieux. Mme Cygne m'a donné de grandes leçons le matin, juste avant l'apparition de l'épreuve et de ma tempête personnelle.  Une leçon de force et de patience. Après une  nuit dans le froid, la pluie et un très  grand vent,  elle était toujours présente sur sa couvée, robuste en même temps que vulnérable,  à la merci de tous les dangers. Elle était très active ce matin -là,  elle se nettoyait et luttait pour maintenir sa stabilité face au vent, et sa chaleur, pour elle-même et sa couvée, toute son attention concentrée, gracieusement et tendrement, vers l'essentiel.

18 mai

Hier, je suis allée me promener dans la forêt de Fontainebleau,  comme bien d'autres humains. Il y avait du monde mais cela n' était pas gênant,  tout le monde était tranquille et heureux, cela faisait du bien de se retrouver parmi les arbres et de fouler la terre et le sable.

Je me suis demandée ce que pouvait faire Sylvain Tesson en ce jour-là.  Peut-être pas plus malin qu'un autre. Ou bien il s'est trouvé un coin tranquille connu que de lui-même,  ou bien il n'est sorti qu'à la nuit, ou bien il est resté dans son appartement parisien, ou bien il est parti à 160km. Ou bien il n'est pas plus malin qu'un autre.

22 mai.

Mercredi, je suis allée dans la forêt de Montmorency. Arbres, oiseaux, branches, tortues, château. Hier, je suis allée dans la forêt de Rambouillet. Pins, grillons, rhododendron, ponts, sentiers sablonneux en montagnes russes.

Aujourd'hui, quatre cygnes sur sept ont éclos.  C'était bien joli.

A midi, Olivier a fait une annonce :"Normalement,  à la fin de l'année,  je vais prendre une colocation avec Victor". Diable, ça c'est du déconfinement! Brrrrrr. Mme  Cygne, profitez bien de vos bébés.  Je me sens perdue. Comme une fin de vie.

25 mai

Les 100km. Hier, je suis allée en Normandie. A Amfreville-sur-Iton. Bucolique à souhait. Rivière,  champs de boutons d'or à perte de vue, coquelicots, champs de blé,  bois, ânes. 

Lundi prochain, tout va ouvrir, reprendre, très probablement. Je me suis peu entraînée au vélo pour pouvoir assurer cette reprise.

Bon, encore une ou deux forêts à 100km...

28 mai

Bientôt, une reprise d'une bonne partie de mes activités en présence...

Bilan de ces 3 dernières semaines :

Le côté éprouvant. Avec trois visages :

-  La voix discordante, se faisant entendre régulièrement et abondamment depuis le 15 mars, et de plus en plus fréquemment et discordant depuis le 11 mai. Très éprouvant. Gros travail avec tout cela, ressenti très pénible à affronter.

- Les travailleurs d'à côté, dirigés à distance par ma voisine. On dirait qu'ils ne viendront jamais à bout de ce mur porteur qui a dû trop en porter, depuis beaucoup trop d'années;

- Olivier, qui doit partir en colocation avec Victor à la fin de l'année. "Normalement". On verra ce que disent les normes, à la fin de l'année. Pas facile de laisser partir le grand canard, prêt à s'envoler.

Ces trois visages, c'est le côté inamical de la vie. Le dieu Shiva qui détruit. Sous ces visages, la vie semble ne pas m'aimer, se moquer de moi, vouloir me jouer des tours cruels et pervers.

La Douceur, portée par deux figures essentielles, pendant ces trois semaines :

- Les Cygnes. La maman Cygne, qui couvait depuis la fin avril, a fait éclore quatre adorables cygneaux. Toute la famille, bien protégée par papa Cygne, glisse majestueusement sur le bassin de la Villette, maintenant. Somptueux mais vulnérables ; un cinquième n'a pas survécu, deux oeufs n'ont pas éclos : Mme Cygne continue à les couver de temps en temps, mais les abandonne de plus en plus. Leur beauté éblouit les yeux et l'âme. Je vais les voir presque quotidiennement.

- Les forêts, à 100km autour de Paris. Délices. Odeur des pins, des chênes, de la terre.

Ces deux images, Cygnes et forêts, sont l'antidote aux mauvais visages. Je peux m'y ressourcer, y trouver force, paix, légèreté, sérénité, gratitude.

Je mérite la paix. Ne jamais oublier cela. Ne jamais oublier d'être heureux.

30 mai

Retour aux Buttes-Chaumont. 

La vie s'amuse. Mes deux figures douces. La première : les cygnes. Un cygneau est décédé entre hier soir et cet après-midi,  j'ignore comment. Ils sont si vulnérables,  malgré les soins très attentifs de leurs parents et la force de M. Cygne qui sait se montrer terrible dès que l'on s'approche de ses petits.  Cela n'a pas suffi. J'espère que les trois autres survivront. Les parents se donnent tant de mal. La petite troupe a l'air un peu épuisée.  Tout cela crève le coeur. Et je ne pourrai plus me reporter à leur image pour y trouver douceur et réconfort. 

Maître Dogen : "Les fleurs tombent avec nos regrets. L'herbe pousse à notre déplaisir "

La deuxième figure douce : les forêts. Quant à elle,  la voiture est au garage depuis mardi. Il faudra se passer de forêt demain et rester à  Paris.

Il faudra aller chercher plus profondément la paix.

Ce soir, je vais manger de la glace au chocolat.

Ps : les jeux de la vie. Au moment de publier cette mise à  jour, on m'annonce : "Je vais chercher la voiture, elle est prête ". Cela ne fera pas ressusciter le cygneau, mais demain, il devrait y avoir forêt.  Je mangerai de la glace au chocolat tout de même,  ce soir.

1er juin.

Hier, retour à la forêt de Fontainebleau, dans un coin inhabituel. Très beau et sauvage. Des endroits avec pas mal de monde, mais aussi des chemins, presque seuls Cela sentait merveilleusement bon. On était clairement mieux là que sur les quais de la Seine. Olivier nous a honoré de sa présence.

Finalement, les trois semaines qui viennent ne devraient pas être différentes, au niveau de mes activités , aux trois semaines qui ont précédé. Peut-être juste reprendre plus complètement les cours particuliers. Et puis, les surprises, qui peuvent être grandes

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