Billets de fabienne-prajnana

Confinement

Journal de confinement, depuis ma grotte parisienne.

Je propose ici, mon journal de confinement, tenu au jour le jour.

Que fais-je de mes journées?

Comment, peut-être, au fil des jours, ce retranchement forcé me transforme, transforme mon ressenti.

Je vous présente ma grotte parisienne : un appartement parisien 3 pièces de 40 m2, où nous vivons à trois : mon mari Alberto, mon fils Olivier 19 ans, et moi-même.

Il est situé dans le 19ème, près de la place des fêtes, dans la très bien-nommée rue des solitaires ( mais comme me l'a fait remarquer , un jour , un pharmacien : " Bon, s'ils sont plusieurs, c'est qu'ils ne sont pas si solitaires que cela!"). Il est à côté d'un immeuble avec un petit jardin ; ma chambre est de ce côté et j'entends très bien les oiseaux ; le salon et l'autre chambre sont côté rue, une rue vivante, mais sans trop de voitures ( quasi piétonnière depuis 3 jours), face à des immeubles de plus grand standing avec des balcons : on peut aplaudir avec les voisins, à 20h. Il est à 10 mn à pied des Buttes-Chaumont: le parc est fermé, mais je fais ma promenade quotidienne en en faisant le tour et je peux observer les arbres en fleurs et les oiseaux.

J'ai arrêté tous mes cours de yoga ( je n'aurai aucun revenu pendant tout le temps de l'interruption et aucune compensation). Alberto, cuisinier, est en congé jusqu'au 15 avril (RTT, puis chômage partiel) ; Olivier est étudiant en anthropologie à Nanterre, et étudiant en piano au conservatoire (3ème cycle) : tout cela est fermé pour lui. Nous vivons donc  notre aventure-confinement ensemble.

Jour 1 : mardi 17 mars.

Mise en jambes : il va falloir s’habituer à ralentir progressivement le rythme. En temps ordinaire, en dehors de donner mes cours de yoga collectifs et particuliers, chaque semaine, je prends : 4 cours de danse, un ou deux cours de karaté, trois ou quatre cours de yoga.

Alberto et moi avons fait notre promenade, le matin, avant le confinement : 1h30 jusqu’au Canal Saint-Martin.

Midi : le confinement commence. En bas, dans la rue, ça continue à grouiller pas mal ; deux jeunes s’installent sur le muret, en face, pour fumer en bavardant (ils y seront encore à 16h...).

Après-midi : je lis un peu Sylvain Tesson. J’ai fait ma petite réserve de livres de Sylvain Tesson, quelques jours auparavant, en prévision, et je ne lis pratiquement que cela depuis deux mois : il me fait voyager et m’aère l’esprit par l’expression claire, intelligente, poétique, simple et souvent drôle de ses ressentis. SI vous ne l’avez pas encore lu, je vous le recommande beaucoup, particulièrement Voyage en Sibérie, très de circonstance : Tesson y tient le journal d’une expérience de 6 mois dans une cabane solitaire dans les bois, dans les conditions hivernales très difficiles de la Sibérie. En ce moment, je lis L’Axe du loup : Tesson y tient le journal d’un itinéraire qu’il a suivi pendant un an à pied, en vélo ou à cheval, sur les traces d’un évadé du goulag, de la Sibérie jusqu’en Inde.

Puis j’ai regardé un peu les mésanges ( comme Tesson dans sa cabane), en me penchant à la fenêtre.

Puis j’ai fait une heure de yoga, tranquillou, avec beaucoup de pauses en savasana : j’ai fait ce qui me  dénoue émotionnellement, ce que j’ai besoin d’entretenir et ce que j’ai besoin d’améliorer.

Puis j’ai joué un peu de guitare, pendant une demi-heure : les deux morceaux de Paco de Lucia que j’ai besoin d’entretenir. Pas encore assez de feu pour mettre en place quelque chose de nouveau.

Puis j’ai lu un peu les news en écoutant Paco de Lucia.

Alberto peint toujours beaucoup, il a installé son chevalet dans le salon et y passe ses après-midi. Olivier "fait ses choses" dans sa chambre ; à l'oreille, le piano semble occuper une bonne partie de ces choses. Comme dirait un artisan passé à la maison, il y a quelques mois : "C'est la maison des sportifs et des artistes"

20h : nous avons applaudi les médecins avec les voisins, puis j’ai dansé un peu, fenêtres ouvertes, sur la musique du voisin d’en face, fenêtres ouvertes également.

Repas. C’est Alberto, cuisinier, qui fait tout : je suis nullisime en cuisine.

Puis nous avons regardé un film médiocre à la télé, pour se distraire et partager (nous n’avons pas fait exprès de le choisir médiocre, nous n’avions pas d’idées).

Un peu de Sylvain Tesson, encore,  avant de faire de beaux rêves.

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Jour 2. Mercredi 18 mars.

Levée à 7h. Petit déjeuner.

Puis une demi-heure de méditation.

10h30 : promenade de trois quarts d’heure, en solitaire (comme demandé), autour des Buttes Chaumont. Je suis un peu contrariée de voir beaucoup de personnes pas vraiment dans les rails par groupes de 2 3 ou 4, moi qui me donne la peine de tout faire bien. Les arbres sont en fleurs, les fleurs chantent à tue-tête. J’ai pris beaucoup de photos.

Retour : vaisselle, ménage, désinfection de tous les supports communs.

Repas.

14h. Deuxième promenade. Je suis sortie seule, mais j’ai retrouvé Alberto 5 mn après ; après une petite résistance, j’ai consenti à continuer à deux : après tout, tout le monde fait comme cela, et nous faisons tout bien, nous restons à distance (en fait nous faisons toujours comme cela lol). Encore le tour des Buttes Chaumont, puis nous continuons vers la rue Mouzaïa et revenons par les petites ruelles avec villas : on y a l’impression d’être en dehors de Paris alors que la Place des fêtes est tout de suite là, à 3 mn à pied ;  les personnes jardinent leurs petits plants, les arbres sont magnifiques. Ensuite, je découvre plusieurs squares, derrière la place, dont j’ignorais même l’existence : arbres en fleurs de nouveau, quelle merveille ! En fait, avec ce confinement, je pensais rater l’éclosion du printemps que j’attendais tant, alors que, peut-être,  je vais le voir, le sentir et l’entendre davantage que d’habitude car, finalement, en temps ordinaire, je suis assez « confinée » dans des studios et dans le métro. Sur la place, il y a quelques personnes, pas vraiment dans les rails encore, à se prélasser au soleil, ou deux personnes sur un banc à manger un sandwich : j’espère qu’ils viendront faire un peu des rondes par ici, sinon ce sera rapidement comme dimanche dernier (mon dieu ! si proche et une toute autre vie !) : pique-nique familial et bronzettes. Avant de rentrer, je reste un peu à regarder les oiseaux du jardin d’à côté : je suis toujours étonnée de voir de grosses tourterelles perchées sur des branches très fines. Un sentiment de paix, la chance d’habiter dans ce coin de Paris, dans cette rue, à côté de ce jardin, en ce printemps, faisant une pause de tout ; oui des gens meurent, moi, peut-être demain, mais c’est toujours le cas ; en ce moment, je suis vivante, et je profite de ce bout de printemps, les oiseaux, les fleurs, les arbres, le soleil, se laissent voir, même en plein Paris.

16h : une heure de yoga.

Pendant la relaxation qui suit ma petite séance, le sentiment de paix, de plénitude et de reconnaissance grandit. Je me sens en sécurité. Pendant que l’humanité est forcée de prendre une pause, la planète se repose et se répare, l’air n’a jamais été aussi peu pollué, les pêcheurs ne peuvent plus pêcher, les chasseurs ne peuvent plus « prélever » (quel mot affreux !) de sangliers, l’herbe des buttes Chaumont pourra se reposer plus longtemps. Et moi, je profite de ce repos. J’adresse un grand merci à je ne sais quoi.  Certes, je ne gagne plus du tout d’argent et je n’aurai, pour ma part, aucune compensation mais, dans 3 ans, il n’y aura plus aucune trace de cette perte financière tandis que ce sentiment de paix qui est là restera en rappel dans mon ressenti.

    Puis je fais 20mn de barre de danse (dans l’espace de 2m2, posant ma main là où je peux), allant à l’essentiel, penser surtout à garder des pieds forts.

     Puis un peu de guitare.

    Puis consulté  un peu les nouvelles et mes messages. Puis, un moment d’écriture pour ramasser, comme ici, ce qui est vécu et ressenti. Tout cela en écoutant un concerto de Rachmaninov.

20h : applaudissements, un peu de danse et repas

Jour 3 : jeudi 19 mars

Rien de bien nouveau au niveau de mes activités du jour. J’ai seulement ajouté quelques zukis et bunkais de karaté à ma pratique corporelle de l’après-midi. Il y aurait beaucoup  de travail. A mettre en place progressivement (car nous sommes partis sans doute pour 6 semaines). Je ne voudrais pas tout perdre du beau travail fait pendant des mois en yoga, en danse, en karaté. Mais nous sommes dans une dynamique de perte, de beaucoup de choses. Laisser partir, et quand il n’y a plus rien du tout, qu’est-ce qu’il reste ? qu’est-ce qui est là, toujours ? C’est cela le vrai chemin. Pour le moment, pas envie de me dépouiller ainsi, pas prête encore pour cela, et toujours dans une dynamique de m’entraîner, garder mes acquis et même aller plus loin. Je suis là- dedans depuis que j’ai 3 ans, même quand je médite (méditer de mieux en mieux, quelque chose dans ce genre : qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? rien du tout, vraiment). L’occasion de laisser partir, est-ce que je la prendrai, est-ce qu’il faut la prendre ?

Jour 4 : Vendredi 20 mars.

C’est le printemps, et il fait très beau. Les oiseaux sont toujours aussi joyeux.

Mais les humains sont plus tendus que la veille. Les news ne sont vraiment pas bonnes, et le parisien indiscipliné s’est fait engueuler par tout le monde. Il y a pas  mal de tensions, provinciaux contre Parisiens, employés contre employeurs et vice-versa, population contre gouvernement et vice-versa, prolétaires contre bourgeois. Rien de neuf, bien sûr, mais, depuis hier, ces nœuds se sont serrés : il faut trouver un responsable, il faut trouver un con qui comprend rien et qui se conduit mal.

En promenade matinale, à 9h, le nombre de tousseurs, racleurs, éternueurs, renifleurs a triplé, et, pour beaucoup, ne font pas attention. Marcheuse, je n’ai fait que slalomer entre les joggeurs racleurs pour garder la distance et cela n’était guère agréable. Je me retrouve un peu dans la même situation que pendant les grèves : le piéton qui doit regarder dans tous les sens pour éviter vélos, bus, taxis, voitures, trottinettes qui débouchent de partout. Sauf que maintenant, l’enjeu est plus vital. Il faudra sans doute que je renonce à mon itinéraire autour des Buttes Chaumont où il y a trop de joggers, et trouver un autre itinéraire moins couru.

Bref, j’aurais aimé écrire des choses plus ensoleillées, mais moins de sérénité depuis hier après-midi. Une vague. Attendons, une prochaine vague, différente.

Samedi 21 mars.

Levée à 6h30. Petit déjeuner. Puis Méditation d'une demi-heure.

Il fait très frais et couvert. Perdu presque 10°

9h30 : promenade du côté du parc de Belleville, partant de la rue Pradier et revenant par la rue des cascades.

Le parc de Belleville, bien que je sois passée plusieurs fois devant (et une fois dedans, paraît-il), je ne l’avais jamais vu vraiment. De l’esplanade, on a une vie panoramique sur tout le grand Paris, la tour Eiffel, la tour Montparnasse; sur le côté, beaucoup plus localement, sur l’église de Ménilmontant. En empruntant le petit passage qui longe le parc en direction de la rue des Couronnes, il y a de belles plantations de fleurs ; en bas du passage, un espace d’arbres et de friches ; j’adore voir des friches dans Paris : il y a encore de la place pour une vraie nature dans certains coins de Paris. Rue des cascades, il y a des petites cours avec de beaux arbres ; ce qui me met plus à l’aise qu’avec les petites villas du quartier Mouzaïa,  c'est qu'ici, ce n’est pas luxueux, c’est le moins que l’on puisse dire. Vu à fenêtre, un joli panneau : «Coucou, les gens, vous nous manquez ! »

   Pour le reste de la matinée, j’ai fait un grand ménage sous le lit  car, hier soir, une araignée est venue sur mon lit et jusque sur mon visage pour me dire : « C’est cool, sous ton lit avec ces cartons et la poussière, j’ai installé ma famille ! ». Je l’ai virée du lit, mais au matin, je l’ai trouvée sous mon drap du dessous ! Elle a dormi avec moi ! Ce n’’était pas vraiment une toute petite araignée ! Je l’ai virée dehors, sur le toit de la maison dédiée aux oiseaux ; en faisant le ménage sous le lit, j’ai rencontré un de ses bébés : il est allé la rejoindre. Je n’avais pas encore pris la décision de nettoyer à fond ce dessous de lit, car c’était le terrier de feu mon lapin, je ne voulais toucher à rien. C’est fait.

   Dans l’après-midi, yoga et petite barre de danse.

   Puis une deuxième courte promenade.

   Oui l'activité-se-dégourdir-les-jambes e se mue pour moi, en promenade plaisante où je profite du printemps, où je découvre mon quartier d’un autre œil. Je revendique le droit à trouver plaisir à mes sorties, du moment que je le fais avec toute précaution et sans ostentation, et rien que  de ce que je fais ne peut contribuer à la propagation de qui-vous-savez

Dimanche 22 mars 

 A l’heure où j’écris , il fait beau à ma fenêtre  ; il y a du soleil et les oiseaux chantent, et je ne trouve pas motif à m’attrister et à m’inquiéter, pour ce matin.

Mardi 24 mars

Tout va bien. Il fait beau et un froid revigorant. Pour le moment, je n'introduis que quelques variations à ma routine quotidienne, je n'ai rien entrepris de nouveau, et aucun ennui ne s'est profilé

Mercredi 25 mars

Ce matin, à 9h30, j’ai fait mes bunkais de karaté sur le terrain de pétanque, en face des Buttes-Chaumont.

Jusqu’à présent, je me sentais très timide pour faire cela : peur des regards, des moqueries.

C’est la première fois qui coûte, maintenant cela ira tout seul.

Tout de suite, les joggers ne sont plus passés près de moi, et j’étais concentrée sur ma pratique. Les Buttes Chaumont sont le lieu habituel des pratiques étranges par des personnes étranges, particulièrement les pratiques asiatiques. Ma pratique n’a rien d’étrange, peut-être juste un peu surprenante venant d’une personne comme moi. Mais, après tout, ce n’est pas mal ce que je fais et il n’y a là rien de moquable ; s’il venait à l’idée à ceux du balcon de regarder, pourquoi pas, cela leur ferait une distraction. Donc, c’est bien, cela, c’est mis en place, et je sais maintenant où et quand pratiquer mon karaté quotidiennement. Ce n’était pas commode de faire cela sur du gravier, avec des baskets et un anorak et des personnes autour, mais, dans certaines écoles, les japonais font bien pire que cela. Je me préparais pour le passage de grade du 3ème dan, qui était prévu le 25 avril ; vraisemblablement, ce sera annulé : nous serons encore en confinement. J’espère que la fédération le reportera avant juillet, que je sois débarrassée de cela avant l’été.

Autres projets annulés. Nous devions partir en Andalousie, le 11 avril. Nous sommes confinés, ils sont confinés, le vol est annulé (et pas remboursé…). En Andalousie, je parraine une magnifique louve blanche, Nukka, depuis 6 ans. Elle vit une vie heureuse, dans un très  beau parc de loups, dans les collines andalouses. C’était l’occasion d’aller la voir une dernière fois, car elle est très âgée (13 ans ; l’espérance de vie des loups, c’est comme celle des gros chiens, et aucun de leurs loups n’a dépassé les 13 ans). Je ne sais pas quand j’aurai l’occasion de retourner en Andalousie, mais je doute qu’elle soit encore là. Cela m’attriste beaucoup : cette louve est très chère à mon cœur. Nous devions partir aussi aux Etats-Unis, dans l’Ouest,  tous les trois, cet été. Je doute que cela soit possible. Je ne suis jamais sortie de l’Europe, et Olivier doit partir au Pérou, pendant un an, le 15 août, avec Erasmus : c’était donc  l’idée de faire un dernier voyage ensemble, plus beau encore que tous les nombreux autres que nous avons faits ensemble, à travers l’Europe. J’espère qu’Olivier pourra partir au Pérou, même si cela peut être légèrement différé d’un ou deux mois : tout son effort et sa pensée sont tendus vers cela depuis des mois. Les humains font des projets. La vie suit son cours, son rythme, ses cycles, et balaie tout cela avec indifférence. Se dépouiller de cette habitude à s’accrocher à des projets comme s’ils étaient des ordres.

Vendredi 28 mars.

 Au 11ème jour, les journées se déroulent suivant toujours une même routine qui s’est installée. C’est un peu "le jour de la marmotte" qui se répète, avec seulement quelques petites variations.

Je me réveille très tôt, comme toujours, entre 4 h et 6H. Je déjeune. Si je me suis réveillée très tôt, je me recouche ensuite pour me relaxer dans mon lit, il m’arrive de me rendormir un peu. A 6h, j’ouvre la fenêtre, en restant bien au chaud dans mon lit, pour écouter le premier concert des oiseaux, ils sont nombreux et variés. Il va falloir que j’apprenne à un mettre un nom et une image sur chaque instrumentiste et soliste.

6h30 une demi-heure de méditation, puis pranayama.

9h, je sors pour aller faire mon entraînement de karaté sur le terrain de pétanque en face des Buttes-Chaumont.

 10h, je trouve un coin de l’appartement à astiquer à fond et à ranger. Puis il me reste souvent du temps pour messages, news, lecture avec de la musique (ce matin, concerto de Aranjuez avec Paco de Lucia à la guitare)

Repas. Puis consultation des news.

14h, je pars avec Alberto en promenade. Quelle chance d’habiter ce coin du 19ème ! (il n’est pourtant pas très réputé auprès de beaucoup de personnes). Il est à part, en hauteur, et il reste quelque chose de l’ancien village ; il y a la présence des Buttes-Chaumont bien sûr, mais aussi plein de recoins avec des petites maisons, des petites rues, des belvédères avec des vues superbes sur Paris, beaucoup d’arbres, d’oiseaux, de fleurs, de chats.

 16 h, le moment de mes pratiques : yoga, danse, guitare.

18h, j’ouvre la fenêtre et m’assois bien emmitouflée devant la fenêtre pour écouter le concert du soir des oiseaux.

18h30, news, lecture, écriture avec musique. Puis repas et applaudissements, conversations.

Puis, nous regardons un film à trois ; en ce moment une série, « Better call Saul » : c’est simple, assez drôle, divertissant. Juste 1h. Puis lecture (Sylvain Tesson, en ce moment, encore et toujours). Extinction des feux entre 22h30 et 23h30. Nuit paisible.

Moi cela me va vraiment très bien. J’avais grand besoin de cette pause, cela devenait lourd d’aller et venir toute la journée et soirées. Ce qui sera difficile, ce sera de reprendre. Rien ne me manque, juste triste de ne pas avoir pu aller en Andalousie voir une dernière fois ma chère louve Nukka.

Peut-être que cette routine immuable va varier dans la durée, des choses qui s’ajouteront, ou peut-être qui se retrancheront (peut-être juste manger et regarder et écouter les oiseaux…)

Dimanche 29 mars

Aujourd'hui ma très chètre louve andalouse, Nukka, est décédée. Finalement, même si mon voyage avait été maintenu, je n'aurais pas eu le temps de la revoir une dernière fois. C'est un jour très spécial pour moi, endeuillé de ma petite reine blanche. Mon coeur pleure.

Samedi 4 avril

Cela fait presque une semaine que je ne suis pas passée par ici : c’est que je n’ai pas le temps, je suis carrément surbookée :D Quelque chose est venu bousculer la petite routine dans laquelle je m’étais installée : une demande de cours de yoga en ligne s’est manifestée de la part de certains élèves, à laquelle j’ai donné suite. Cela demande beaucoup de gestion, d’organisation, de préparation, avec un outil auquel je ne suis pas habituée. Du même coup, la douce ataraxie dans laquelle je me reposais a laissé la place à un petit survoltage : la veille du premier cours, je n’ai pas du tout dormi ; tous les services sont restés allumés toute la nuit, j’étais un peu comme mon ampli qui, depuis 3 semaines, ne peut plus s’éteindre, à moins qu’on ne le débranche. Au début, il y a eu protestation des cellules nerveuses : « Quoi ?! il se passe quoi, là ? on était peinardes, on n'avait rien demandé ! ». Puis, un accueil : oui, après un petit repos, on ne peut s’installer nulle part, il faut avancer avec le flux de la vie, il y a des choses à apprendre et connaître, et ce n’est pas forcément celles auxquelles je m’apprêtais au fond de mon lit (comme apprendre les noms et la vie des oiseaux, des fleurs, des arbres). En ce moment (et toujours, en fait), il y a besoin de tout le monde, avec ce qu’il sait faire. Je ne sauve pas des vies, je ne tiens pas un commerce « essentiel » (on peut survivre sans yoga et sans méditation), mais en cette période d’inquiétude et de confinement, oui le yoga est demandé et est le bienvenu. CQFD. Donc de belles choses à découvrir, là où je ne les attendais pas. Tant mieux.

Je continue une partie de ma routine quotidienne : les promenades, la méditation, mes pratiques de yoga et danse ; mais la gestion descours en ligne vient prendre sur certaines activités. En premier lieu, la consultation des news, presque réduite à rien, maintenant : je  n’ai jamais été très inquiète au sujet de M. Virus (un peu, quand même, surtout au début), mais là le monsieur est complètement relégué au lointain, comme dans un univers de SF. Cela prend aussi sur la lecture, la guitare, et aussi  l’écriture, donc. Et aussi le ménage : ça c'est un peu plus embêtant, j'avais pourtant bien commencé avec un coin à astiquer par jour... Bon, les choses vont trouver à s'équilibrer et s'organiser. Soit.

Aujourd'hui, il fait très beau, et les températures se sont bien radoucies. Très bien:  on va pouvoir ouvrir la fenêtre, de nouveau !

Mardi 7 avril

Creux de vague, ce matin. Un peu découragée. Laisser passer la vague. Arrêter de m'agiter, de nouveau. Se poser, se reposer, revenir vers l'intérieur. 

Ce matin, j'écoute les valses de Chopin, dans mon lit, en lisant Sylvain Tesson. Il y a plein de soleil dans ma chambre. Alors M. Virus peut bien se la péter...

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Cet après midi, joie,  j'ai vu les premiers papillons, une dizaine de papillons blancs qui batifolaient dans l'herbe aux Buttes-Chaumont, tout étonnés de savoir voler.

Vais-je me transformer comme eux?

A bientôt pour mises à jour de l'article

L'élève

 

   Tous mes élèves me sont précieux et j’apprends beaucoup d’eux. Certains, toutefois, laissent une trace plus particulière. Ainsi de toi.

   Tu avais un prénom de chauffeur de luxe. Où nous a menés ce bref voyage dans ma grosse limousine, où l’as-tu conduite ? On dirait que tu l’as finalement prise pour ton usage personnel, en dehors de tes appointements et heures travaillées, pour un dernier voyage, pour quelle raison et pour aller où ?

   Tu es arrivé, il y a presque deux ans, au cours dans le 20ème, avec ton ami. Tu avais mal à la nuque à cause du travail sur ordinateur. Déjà, ton travail semblait te faire du mal en même temps que du bien. Tu t’es finalement installé dans le cours à Micadanses où tu es venu presque tous les jeudis pendant deux ans. Tu as transformé complètement ce cours par ta présence. Pour mes autres cours, j’ai la prétention de penser que je dois leur succès à mes mérites et qualités personnels. Mais pour ce cours, je pense que nous l’avons porté pour moitié, que les personnes sont venues régulièrement autant pour le contenu du cours que par ce qu’apportait ta présence. Joyeux, plein d’humour, très sociable, gentil avec tout le monde, trouvant toujours le mot juste dont avait besoin la personne. L’ensemble du cours se passait « dans un mélange de concentration (moi) et de bonne humeur (toi) ». De quoi avoir envie de revenir tous les jeudis.

   Toi-même tu écrivais sur mon site, il y a un an : « Le cours de Fabienne m’est rapidement devenu nécessaire », « Je ressors chaque fois agréablement fatigué, le corps et l’esprit apaisés. Après un an de pratique, je regrette seulement de n’être pas venu plus tôt ! » Pourtant, il semblerait que j’ai bien failli dans ma tâche : l’esprit ne s’est pas apaisé, et je n’ai pas même vraiment identifié qu’il avait besoin de l’être. Au mieux, j’avais identifié un trop grand volontarisme, trop d’efforts, les muscles trop tendus, la respiration trop tonique, quelquefois en apnée, le sternum trop plein d’énergie et de tension. Toutes particularités dont la majorité des élèves auraient besoin d’être rechargés, chez toi cela avait besoin d’être un peu tempéré. Ce volontarisme t’a permis de faire de très grands progrès, très rapidement ; tu étais toujours devant, ceux de derrière te prenant comme modèle. C’était ta personnalité, c’est avec ces particularités que tu as vécu une vie très riche d'expériences, et avec elles que tu es parti avec un courage que j’admire beaucoup et que j’envie un peu, même si je t’en veux un peu aussi de nous avoir laissés à ramer seuls et d’être parti ainsi sans prévenir avec la limousine.

   Parti où ? Tu semblais donc beaucoup plus tourmenté que je ne me l’étais représenté ; je ne m’étais même pas représenté que tu pouvais l’être un peu. J'espère que tu as pu trouver un peu d'apaisement et de réparation dans l'espace où tu te trouves. "L’Au-delà"... avec ce que j'en ai entr’aperçu par l’intermédiaire d’êtres chers et les quelques indications données par les traditions spirituelles. Prenons par exemple un être très simple : complètement au hasard, un lapin, par exemple. Suivant Hazel, la douce créature se retrouvera pendant quelques semaines dans une sorte de cabane pour se reposer et se réparer de ses blessures physiques et émotionnelles, si sa mort a été difficile ou sa maladie longue et éprouvante, veillé pour cela par une âme élue. Une fois, reposé et réparé, l’être tout simple, ayant toujours vécu dans l’instant joyeux, pourra gambader dans la bruyère librement, sans aucun tracas, gardant ou non une connexion avec les êtres qu’il a laissés sur terre. Image idyllique du paradis. Je ne suis pas sûre que cela se passe ainsi pour les êtres humains compliqués que nous sommes. Nous laissons nos fardeaux physiques (maladie, vieillesse, difficultés matérielles…) mais le fardeau mental, nous l’emportons avec nous ; ce qui n’a pas été réglé sur terre, devra l’être, le chemin continue. Donc, il y aura peut-être d’autres jeudis, dans des existences futures…  Si tu peux, si tu veux, à l’occasion, tu me diras quelque chose à propos de tout cela... 

   « Après un an de pratique, je regrette seulement de n’être pas venu plus tôt », écrivais-tu, donc, il y a un an. Et pourquoi, après deux ans de pratique, n’es-tu pas aussi venu « plus tard » ? Nous t’avons attendu jeudi dernier ; le cours ne t’a pas été « nécessaire », ce jeudi-là ? Tu as préféré partir ailleurs sans nous laisser une chance ? Après le cours, je me suis assise sur le divan rouge pour mettre mes chaussures. Moi qui ai toujours assez détesté ce grand hall au sous-sol, sans air et sans lumière, j’ai soudainement trouvé tous ces canapés formidables, uniques, c’était très doux. J’étais seule dans le hall, mais peut-être pas tout à fait. Tu utilisais beaucoup ces canapés dans tes conversations animées avec chacun, avant et après le cours. C’est la dernière image que j’ai reçue de toi : assis sur ce canapé rouge, bavardant avec vivacité avec ton amie ; et je t’ai dit : « Au revoir les artistes ! »

   Nous étions les deux professeurs pour ce cours. J’ai perdu non pas un élève, mais mon précieux associé. J’étais la scénariste, tu étais le coloriste. Si tu peux, si tu veux, tu es invité à poursuivre cette collaboration en tant que coloriste, subtilement.

Tu manques beaucoup à toutes les élèves avec lesquelles tu as bavardé ; tu as semé une graine de joie, d’amitié, de fantaisie et d’humour que nous nous emploierons à cultiver et faire fleurir.

   Les oiseaux continuent de célébrer chaque matin comme si c'était le premier. Le ciel est peuplé d'oiseaux. Je crois que tu es présent parmi ces oiseaux.

 

Rouge gorge

 

 

Pourquoi méditer. Ou pas

Je ne veux pas écrire, ici, un article sur les bienfaits de la méditation.

  En fait, je ne crois pas qu'il y ait  des bienfaits engendrés par la pratique de  la méditation. La méditation ne fait pas du bien.

  Tout au plus, on peut s'aventurer à dire  qu'il semblerait que la pratique de la méditation pourrait quelquefois transformer (pas toujours, on peut souvent observer certains cas de sclérose, de fossilisation, même). D'autres fois (encore beaucoup plus rarement mais ceci devient, rapidement, le but des pratiquants réguliers ou même du novice déterminé) : faire basculer tout à fait la vision du monde et faire Un avec celui-ci.

  Je voudrais simplement explorer quelques pistes autour de cette question :

   Pourquoi s'asseoir, pour méditer, une, deux fois, six fois par jour?

   Pour un quart d'heure, une demi-heure, une heure, quatre heures?

   Swami Prajnanpad a dit, un jour,  à ce propos, à l'un des ses élèves : "Non, ne faites pas de méditation. Cette recherche d'une conscience lucide continue est en elle-même une méditation. La méditation, ce n'est pas rester assis à la même place comme une vache. Non. Vous devez avoir une conscience lucide".

   Voilà qui est direct et semble donner une réponse claire à la question.

   Toutefois, Swami Prajnanpad, questionné par le même élève (ou un autre élève), un autre jour, à propos de la méditation, lui donnait des indications précises sur la nature de la méditation et la manière de procéder. Et aussi, sans être questionné, lui recommandait de trouver un moment dans la journée, toujours à la même heure, pour relaxer complètement son corps et son esprit.

   Il n'y a pas de réponse définitive, dans ce domaine, et pas de réponse identique pour chaque personne. Pas de recette pour l'Eveil. Nous entrons dans un domaine où le paradoxe doit être cultivé , si nous ne voulons pas que la méditation devienne un nouvel exercice pour se  rétrécir encore davantage dans nos certitudes

   Dans la Voie du Zen, méditer, faire zazen, c'est le Chemin même.

   Dans d'autres voies, la méditation est l'un des outils, parmi d'autres, dans ce qui est identifié par l'aspirant comme un chemin vers sa Libération et la Réalisation de Soi.

   Dans les débuts d'une pratique, de yoga ou autre, la méditation est quelquefois employée comme un outil de bien-être, pour se calmer, se concentrer, s'ordonner, au même titre qu'une quelconque technique de relaxation, et elle remplit, souvent, de façon très satisfaisante, le rôle qui lui est ainsi attribué.

   Que faire et décider, donc, pour soi-même ? Comment comprendre la place que l'on veut faire (ou pas ) à la pratique de la méditation dans sa vie?

   Dans ce genre de domaine, force est de constater que, la plupart du temps, on ne choisit rien, réellement. De méditer ou pas, et quelle technique de méditation on va décider être la plus juste pour la mettre en pratique.

   Les opportunités se présentent, comme divers messagers, où l'on est, en réalité,  à la fois l'expéditeur et le destinataire, et l'on est attiré, absorbé, intéressé, ou l'on passe à côté sans s'arrêter, et  tout semble une affaire d'histoire, de sensibilité personnelle ( de karma, de destinée, dans une autre perspective ou, dans une autre perspective encore, de coloration du rêve personnel).

   Si l'on ne choisit rien, réellement, pourquoi se questionner, alors?

   Quelques pistes encore.

   Ne pas confondre nager avec le courant et s'enfoncer dans la torpeur et la paresse.

   Peut-être qu'il n'est pas nécessaire de méditer pour se réaliser pleinement, selon la représentation que l'on se fait, à chaque nouvel instant, de ce qu'est cette complète réalisation, ou selon les tentatives que l'on fait de n'en avoir aucune représentation.

  Peut-être bien, même, que cela ne sert à rien. Cela arrangerait bien ma paresse.  : "je n'ai pas envie de méditer, je n'en ai pas le courage" se transforme en un confortable : "je n'ai nul besoin de méditer". Cela arrange bien ma vanité qui prétend que je n'ai nul besoin de cela pour exercer ma vigilance au quotidien : je suis trop fort dans ce domaine.

   Vigilance, sensibilité à tout ce qui est, à l'intérieur de moi, à l'extérieur de moi. Observation, curiosité, analyse ; goûter, explorer, découvrir.

   Goûter la texture exacte qui constitue mon chemin, jusqu'à m'apercevoir qu'il n'y a pas, réellement, de chemin et que tout est déjà là.

   Mais ce serait une fausseté de réciter ceci,  qui ne serait qu'une idée et un rêve de plus, me voilant, me volant, donc, encore davantage, la Réalité, avant de l'avoir expérimenté, goûté par moi-même, perçu, senti, vu.

  Alors : observer, expérimenter, si la méditation est, ou non  pour moi-même, exactement tel que je suis maintenant, un outil de grande valeur pour muscler ma capacité de vigilance. Suis-je vraiment capable, aujourd'hui, maintenant, de pratiquer cette vigilance au quotidien sans, quelquefois, m'asseoir sans autre objet d'observation que moi-même?

   Donc, chaque jour, s'asseoir, pour faire un peu de rien, expérimenter, examiner, en toute honnêteté et avec une sensibilité très aiguisée, vraiment, si cet outil m'appartient, dans ce que je peux encore ressentir aujourd'hui comme étant une Voie. En évitant de laisser la paresse, la vanité, les habitudes mentales, préconçus et autres croyances (que je pourrais prendre pour des réflexions), ou même un autre (serait-ce un Autre que j'aurais décidé d'appeler Maître),  répondre à la place de ma sensibilité.

 

Paris, le 7 janvier 2015

Paris, jeudi matin, 8 janvier.

Le lendemain ...

Comme tout était doux ce matin et empli de gentillesse. J’ai pu en profiter pleinement : le jeudi matin, j’ai toujours une heure de métro en sardines compressées, et une autre en retour. Cette qualité de délicatesse, de gentillesse, d’attention à l’autre, depuis hier soir, m’envahit immédiatement, ce matin, dans le métro parisien. Une part de cela est probablement dans la perception que j’en ai, bien sûr, comme toujours ; mais pas seulement : il y a là quelque chose de collectif. Quand les petitesses, que l’on pourrait quelquefois qualifier d’ignobles si l’on s’obstinait à vouloir qualifier, quand elles sont très vivement secouées,  se relâchent, cèdent, et se révèle alors  la conscience de notre humanité qui nous relie dans ce qu’elle a de meilleur. Comme tous le jeudis matins, tôt le matin, mal réveillés, compressés, nous sommes tous silencieux. Mais il y a ce matin, quelque chose de différent. Dans le sérieux de ces visages silencieux, il n’y a pas de fermeture, mais de la douceur et du respect. Une gentillesse, une attention particulière à faire de la place à celui qui veut monter, de la politesse à se frayer un chemin pour sortir, de la délicatesse pour laisser sortir. Personne ne songerait, ce matin, à exprimer des mouvements d’impatience. Pour ma part, je profite pleinement de cette heure, debout, compressée, sans aucune fatigue. Chacun est occupé, ou pas. Les tablettes. Ce matin, je regarde : un film sous-titré, sans rapport avec l’actualité ; des journaux. Oh ! le grand retour des journaux ce matin ! tous avec les mêmes  titres ; et même des livres, ce matin.  Et ceux calmement et patiemment debout à ne rien faire. Mes larmes ont coulé pendant tout le trajet. Pas des larmes de tristesse, ni d’angoisse,  ni de peur de perdre quelque chose. En somme, nous allons tous très  bien, dans cette rame, ce matin ; moi, je vais donner un cours de yoga. Au-delà du fatras des émotions, le sentiment de communion qui affleure ; sans doute proche de celui du condamné à mort sur le chemin de son exécution auquel la beauté du monde se révèle. Sa perfection. Tout a sa place, comme dans un ballet. Changement à République. Les couloirs. Les silencieux, discipline : ceux qui vont dans un sens, d’un côté, ceux qui vont dans l’autre sens, de l’autre côté ; présence discrète de quelques policiers ; le sans-abri assis par terre, probablement pas au courant, mais intégré dans le ballet ; doux sourires et conversations tranquilles, au kiosque de boulangerie ; les légumiers paisiblement à leurs affaires. Tout est si touchant. Sortie dans la rue. Je suis attentive à tout, tous les sons me sont doux et me touchent. Les bribes de conversation, au passage, légères, sans rapport avec l’actualité, très amicales ; les chiens joyeux et fidèles compagnons, faisant semblant de ne pas savoir ; la femme voilée : que ressent celle-ci aujourd’hui ? même les voitures semblent attentives à klaxonner plus doucement, ce matin. Trajet-retour. Sur le quai, le monsieur qui émet un grognement à l’annonce de l’arrêt du métro à midi A midi moins le quart, j’arrive chez moi. Juste le temps de me changer et de servir mes  trois trésors de lapins en foin, immuablement réclameurs : leur prodiguer mes bons soins dépend aussi de l’état de paix dans lequel vit mon pays. A midi moins 5, je m’installe en méditation devant ma fenêtre ouverte, yeux ouverts sur les rumeurs du monde. A midi, il n’y  a pas eu de feu d’artifice, pas de klaxons, pas de révolution. De ma fenêtre, la pluie est tombée légèrement plus drue du vaste ciel , toujours changeant mais toujours sans jugement et amical. Les cloches de l’église du Jourdain, qui sonnent toujours joliment pendant 10 mn à cette heure-là. Et le joyeux grignotement du foin de mes lapins. Rien d’autre. Je pense à tous les endroits que je connais qui observe peut-être, en ce moment, cet instant de silence. Aux endroits que je ne connais pas, aussi. A la diversité du bouquet d’humains, en cette ville, en cet instant. Aux indifférents. Aux grognons. Aux jeunes assassins eux-mêmes : en cette minute, que ressentent-ils ? Ce vaste ballet. Moi-même, comment je peux me positionner de la façon la plus juste dans ce ballet, avec mon histoire personnelle, sans émotion, vigilante aux récupérations de toutes sortes. A midi et quart, je me suis levée pour faire la vaisselle. Attentive à rester douce avec chaque couvert, ressenti comme ami. Cette attention, à l’autre, au monde, à soi, cette douceur, cette vigilance, cette conscience d’un ballet  toujours juste, précis, exact, toujours en mouvement, il faut quelquefois être secoué très fort pour qu’ils se révèlent. Où prennent racine la haine, le refus de la différence, de l’autre ? Nous y participons tous. Cela fait aussi partie du ballet

cours de yoga en plein air, les 3 et 23 juillet 2014

 

Des cours de yoga en plein air auront lieu les 3 et  23 juillet 2014, au Parc de la Villette.

Lieu de rendez-vous : devant la fontaine de la place de la fontaine aux lions, devant la grande Halle et la Cité de la musique (métro : Porte de Pantin).

Heure du rendez-vous : à 19h.

De là, nous partirons, à 19h10, à la recherche d'un endroit paisible dans le parc.

Début du cours : vers 19h15. Durée du cours : environ 1h15.

Participation : 10 euros.

Cours tous niveaux, même tout à fait débutant.

Style : Hatha yoga. Yoga doux et relaxant , au rythme paisible, avec tenue prolongée dans des postures simples.

Amenez un tapis de yoga ou une grande serviette, une tenue souple pour le yoga.

Vous pouvez venir, pour une première fois, même si vous n'avez jamais fait de yoga, sans vous inscrire, et vous pouvez amener des amis.

fabiennehidalgo@orange.fr

Fabienne : 06 70 46 21 18

Assurez-vous d'avoir mon numéro de portable sur vous, au cas où vous arriveriez en retard, ou si vous vous perdez.

Vous pouvez m'envoyer un mail avant, si vous avez l'intention d'y participer (sans aucun engagement de votre part), ou venir à l'improviste.

Il devrait faire beau, sans faire trop chaud :)

Bienvenue à tous.

A bientôt.

 

La Vigilance

    Ne pas se tromper sur la compréhension de la vigilance.

    La vigilance , c'est un état d'éveil tranquille. Etre conscient de tout, à l'intérieur comme à l'extérieur, et de la connexion profonde entre les deux ; dans une grande détente, acceptation, sans mot, de tout ce qui est, tout ce qui est en train d'advenir, maintenant. La vigilance n'est pas un état d'alerte, teinté de défiance. Ce n'est pas "attention!". "Attention !" est un des grands mots du commentateur intérieur, celui qui a intériorisé tous ces "attention!", entendus, puis répétés, toujours à mauvais escient. Il n'y a à faire attention à rien. Il y a à être éveillé à tout.

    Pendant mes cours de yoga je dis souvent, pendant les relaxations : "Portez votre attention sur...". Je m'aperçois que je devrais changer ce mot, tant il est chargé de la perversité du commentateur intérieur. Attention, l'état d'alerte, nous volent notre vie. La vigilance, l'éveil, nous ouvrent à tout. Se réveiller, tout simplement, pour accueillir la nouveauté inconnue de chaque jour. Personnellement, je vais être vigilante à la dissolution de tous ces attention ! en moi. M'installer, en toute confiance, dans un état d'inattention conscient.

     A suivre

La compassion, un chemin d'ouverture

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   La compassion est entière, complète, pour tous, toujours, ici et maintenant, ou n'est pas.

   Prendre conscience des connexions de tout dans le grand Tout peut être à la fois un outil et un indice d'ouverture sur le chemin.

   La vague prend conscience qu'elle se fond dans l'océan où chacun de ses mouvements est en connexion avec ceux des autres vagues.

Quelques agitations de la pensée d'une vague cherchant à se reconnecter avec le mouvement des grands  fonds :

  Si la compassion fait des choix, c'est toujours sur la base d'un refus : elle n'est alors qu'une illusion destinée à tranquilliser  un petit ego se croyant très reluisant par les quelques services qu'il rend dans le cercle étroit de ceux qu'il identifie comme être siens.

   Les multiples refus s'expriment par l'abstention ou par des négations et identifications très étroites : "je suis ceci et pas cela, je fais ceci, donc je ne peux pas faire cela". Ces refus nous coupent de notre véritable essence qui peut se faire jour en saisissant toutes les connexions, en sachant reconnaître, recevoir et répondre, avec ouverture, à toutes les situations qui se présentent, qui sont en nous, qui sont nous, que nous avons attirées, comme un défi et une opportunité, pour nous réaliser en tant qu'Etre appartenant au Monde, dans toute sa dignité et majesté. Opportunités, cadeaux de la vie, auxquels nous tournons souvent le dos sans vouloir y répondre, ou en y répondant par des négations, par l'exclusion : " J'aime le monde entier, mais pas ma belle-mère, tout de même, parce que...". Je n'aime personne. Nous ne pouvons pas exclure, répondre par la négation, tourner le dos, refuser, sans nous exclure nous-mêmes du cercle sacré de la grande connexion dans le Tout et, ainsi, nous rétrécir dans l'identification à des limites très étroites : une vague qui croirait avoir une indépendance par rapport à l'océan, avoir des décisions propres pour pouvoir nager dans tel courant  mais pas dans celui-ci, exclure,  refuser l'amitié à l'une de ses soeurs, sous des justifications fallacieuses, pour en garder davantage pour une autre.  Les deux vagues sont l'océan, c'est seulement l'aveuglement qui dit ceci mais pas cela, et enferme la vague dans un courant d'illusion colorée de petitesse et la coupe des ressources disponibles dans le grand Tout dont elle fait, en réalité, partie. La vague, toute fière, croit se libérer par de magnifiques choix et décisions (ceci, mais pas cela), et transporte, en réalité, sa prison partout avec elle, toujours la même.

   Mais de quoi donc suis-je en train de parler? - de moi-même, bien sûr, toujours : on ne rêve toujours que de soi.

Voici une histoire cheyenne qui exprime les choses beaucoup mieux que tout le bavardage qui précède :

   Un chasseur cheyenne revenait de la chasse avec la viande d'un cerf qu'il portait emballée dans la peau de l'animal. C'était une période de famine et même si cela n'était pas suffisant pour nourrir la tribu entière, il était content de ramener un peu de nourriture. Sur le chemin de retour au village, il entendit une chanson magnifique qu'il n'avait jamais entendue aupararavant. Il se rendit vite compte que c'était un chant en cheyenne. Il se dirigea vers cette voix et déboucha sur une petite vallée où il aperçut une louve avec ses louveteaux, à côté de leur tanière. Ils étaient maigres et malades car ils n'avaient pas mangé depuis longtemps. Tous les animaux étaient faibles et avaient absolument besoin de manger pour survivre. Le chasseur comprit vite la situation et, sans hésiter, coupa un morceau de viande et l'offrit à la louve qui en mangea un peu puis laissa ses petits manger le reste. Le chasseur se remit en route, heureux de son geste, même s'il avait moins de nourriture à rapporter au village.

   La nuit même, le jeune homme vit en rêve une femme magnifique, avec de longs cheveux noirs et vêtue d'une robe de peau blanche avec de longues franges... Elle lui parla : "Aujourd'hui, tu as sauvé mes enfants et moi grâce à la nourriture que tu nous as donnée. Nous sommes tous liés dans le cercle sacré de la vie que tu as su respecter, aujourd'hui, avec générosité. Pour cette raison, je te donne le chant de l'esprit des loups et si tu chantes quatre fois aux esprits des quatre directions durant la chasse, tu trouveras toujours de  la bonne nourriture pour ta famille. Ecoute-le bien encore une fois et retiens-le".

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Pratiquer seul ou en groupe ?

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Dans quelle mesure la pratique (de la méditation, des asanas, de la sadhana) en groupe est-elle utile, nécessaire, profitable ou encore, sous certains points de vue peut-être, quelquefois préjudiciable, c'est sur cela que je voudrais poser quelques interrogations et quelques pistes aujourd'hui.

   Les yogis aiment souvent pratiquer en groupe.

   Pourquoi?

   Selon mon expérience, que ce soit pour les cours d'asanas ou pour la méditation, l'on est porté par l'énergie du groupe, surtout quand celui-ci  pratique toujours dans un même lieu, et les expériences y sont plus fortes, plus profondes. Cette expérience, infiniment douce, réconfortante, gratifiante, pousse à  revenir, encore et encore, pratiquer en groupe pour prendre son bienheureux  bain de transcendance et, quelquefois, choisir de ne plus sortir du bain.

   Dans certains cas, pour les personnes peu courageuses et facilement enclines à laisser tomber leur pratique, la pratique en groupe peut-être aussi un bon outil de soutien pour persévérer, aiguiser les facultés de courage et d'assiduité.

   Cette pratique d'exercices en groupe, peut s'étendre à toute une vie. Certains aspirants, deviennent moines ou séjournent, sans devenir moines, en permanence  dans un ashram. C'est toute leur vie qui est soutenue par l'énergie du groupe. Dans un monastère zen, chaque instant de la journée, et toute activité, sont définis avec précision, introduits par le son du gong et de divers autres instruments, il n'y a plus qu'à se laisser couler dans le rythme, abandonnant toute initiative personnelle.

   J'ai vécu, moi-même, certaines périodes de ma vie dans ces conditions.

   Et si on ne pratique plus en groupe, se retrouvant seul avec sa pratique et sa vie? A t-on gagné davantage en profondeur dans la pratique, gagné davantage en sagesse, en liberté, en autonomie?

   C'est ce qui ne me semble pas, aujourdhui.

   Se muscler seul pour trouver l'énergie de pratiquer les asanas, la méditation ; se muscler seul à la vigilance. Le résultat ne se perd pas, quelles que soient les conditions.

   Ce serait peut-être comme toujours pratiquer la posture sur la tête contre un mur.

   Pourquoi faire cela? - Parce que l'on a peur. Ou parce que l'on veut une posture parfaite, bien alignée, tout de suite.

   On peut ainsi rester contre un mur toute sa vie. Avec le temps, la posture contre le mur devient de plus en plus droite, presque parfaite.

   Et si on enlève le mur ? (surtout si l'on a pratiqué  contre celui-ci , pendant un an, deux  ans, plus quelquefois) - Eh bien, on ne peut rien faire. "J'ai besoin  de mon mur : j'ai fait des progrès mesurables avec lui, je veux mon mur. Il n'y a qu'à voir ceux qui pratiquent sans mur : ils sont tout tordus. Je suis un adepte du mur, qui m'a tant donné, et je fais partie de la famille des pratiquants du mur, qui en témoignent tous le même bien, et sont tous très droits. Hare le Mur".

   Se servir du mur, oui pourquoi pas, deux ou trois fois, dix fois tout au plus, pour prendre confiance. Plus tard, lorsque l'on parvient à monter dans  la posture complète, y revenir, quelquefois, pas trop souvent, à l'occasion,  pour redéfinir l'exactitude de l'alignement, d'une autre façon. Oui. Diversifications des procédés.

  Mais, très vite, se passer de ce mur. La colonne vertébrale peut être en S, mal placée, on peut mettre  plus de temps pour monter  dans la posture complète. Mais le corps trouve, jour après jour, sa force en lui-même, ses sensations d'alignement en lui-même. C'est long, courageux, mais le résultat, c'est davantage de force et, par dessus tout, encore une fois, l'autonomie. Cela ne se perd pas.

  Autre raison invoquée pour pratiquer sa sadhana  en groupe : ce qui est appelé "la fréquentation des Sages".

   Avoir le darshan d'un véritable Sage, séjourner auprès de lui, peut-être complètement décisif dans une vie. Jusqu'à  ce que l'on puisse se tenir debout, seul.

   Passer sa vie dans ce que l'on identifie comme sa famille spirituelle, ses frères et ses soeurs, peut-être très plaisant, et pourquoi s'en priver, si cela correspond à ses inclinations. Mais cela relève de tout autre chose  que de la fréquentation des sages. Quel que soit, l'ashram, le temple, le monastère qui a été élu pour y passer sa vie ou pour y faire des retraites, et le temps de sadhana de certains séjournants, il n'y a souvent, en tentant de considérer les faits avec honnêteté, pas plus de raisons d'appeler un sage un frère ou une  soeur, permanents ou en séjour (tous en chemin, quelle que soit la place attribuée à certains selon la hiérarchie du lieu) , que toute autre personne ne pratiquant rien de ce qui est communément rattaché à une sadhana spirituelle. Simplement, dans ce type d'endroits, tout le monde pratique la même chose, au même moment, sur le fond de certains présupposés communs de philosophie, pour ne pas dire, quelquefois, de croyances. C'est un type de vie qui peut être celui qui nous correspond, pour une période ou pour toute la vie, mais qui n'a pas grand chose à voir avec ce qui est appelé la fréquentation des Sages. Et que je ne crois pas, aujourd'hui, nécessaire au déroulement d'une sadhana efficace, quelquefois, il me semble même qu'il peut être préjudiciable, dans certains cas, au bout d'un certain temps, en enfermant dans des habitudes et un confort, en excluant des aspects de la vie avec, souvent, un jugement de valeur à la clé ("négatif", par exemple) : il peut ainsi rigidifier, scléroser, restreindre, au lieu de libérer, et ceci avec les meilleures intentions du monde et au prix de grands efforts.

   Se coltiner, au quotidien, avec les personnes, les lieux, les plus dissemblables dans leur mode de vie  et pratiques que  les siens propres, pourrait, peut-être bien, être beaucoup plus formateur. Parcourir, expérimenter, goûter, pleinement, sans défense et sans réserve, ce qui est premièrement perçu comme des contraires, jusqu'à percevoir l'illusion de cette dualité, englober tout, se fondre en tout, nager à l'aise avec tout courant qui se présente, soutenu  toujours par le même flux de Vie.

   Encore une fois, cela revient à travailler sans le support du mur pour la posture sur la tête.

   Difficile, long, périlleux, et le corps trouve sa sensation et sa force seul. La force que l'on a trouvée est plus grande. L'autonomie est gagnée. L'autonomie, but de la sadhana.

   Alors ?

   Peut-être une habile combinaison et alternance des deux, privilégiant, selon ma sensibilité aujourd'hui, le chemin parcouru de manière autonome, où bientôt le support pourrait ne plus être d'aucune utilité, jamais; et tant mieux. Pas de famille spirituelle, pas de famille, pas de frères et soeurs, ni même de cousins. S'exposer à tout, dire Oui à tout. Ne se protéger de rien.  A l'aise, partout, toujours. Unité avec le grand Tout.  Et s'exercer à Cela, à cette grande ambition, peut commencer maintenant, a tout profit à commencer dès maintenant. Ambition et Audace.

   Suivre ses inclinations, oui ; donner à son histoire personnelle, à ses demandes et à ses faims, toute satisfaction ; se servir, momentanément, de toutes les aides rencontrées, en varier. Puis les laisser aller, s'en dépouiller, comme de tout le reste. Et  ne pas, par confort, aller croire, puis déclarer nécessaire quelque chose qui n'est peut-être que de l'ordre d'une inclination, peut-être même d'une nostalgie, personnelle ou collective.

   Aujourd'hui, dès maintenant, je sonne moi-même, à chaque instant, le gong , je suis à l'écoute de ce gong intérieur qui me rappelle à la Vigilance, dans tout ce que je fais, tout ce que je vois,  tout ce que je suis, tout ce qui se présente devant moi, à chaque instant, et que j'accueille avec un grand Oui, tout ce qui EST.

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